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Ibrahima Sonko, parrain du Centre ISA: «Ce n’est pas seulement les joueurs du championnat qui ont du talent»


Rédigé le Samedi 24 Novembre 2018 à 08:00 | Lu 100 commentaire(s)


Il n’est pas né avec beaucoup de technique. Mais à force de cravacher, il finit par intégrer le Top 20 des défenseurs de Premier League anglaise. Recalé par Jean Fernandez à ses débuts à Saint Etienne, en 1999, le défenseur de Grenoble, Brentford, Reading, Stoke City, Hull City, Portsmouth, Ipswich Town ou encore Akhisarspor se remet en cause, redouble d’efforts pour se faire un nom. Ça paye cash. Travail et état d’esprit irréprochable, des valeurs que l’entraîneur devenu agent transmet aujourd’hui aux apprentis-footballeurs d’Ibrahima Sonko Academy, un Centre basé à Keur Massar. Il était d’ailleurs à Dakar pour deux jours de tests, les 9 et 10 novembre. Leçon de foot. Leçon de vie avec un jeune-vieux (37 ans).


Que devient Ibrahima Sonko depuis sa retraite en 2015 ?
Pendant trois ans, j’ai coaché les U16 et U18 de Harlow Town (Bostik League, une Ligue régionale qui couvre Londres, l’Est et l’Angleterre du Sud-Est). J’ai assisté l’entraineur de l’équipe première tout en continuant à participer aux matchs en tant que coach-joueur. Entre temps, je faisais du travail d’agence, sur les maladies du joueur et tout ce qui va avec. Maintenant, je suis concentré carrément sur le management de joueurs et on va essayer de tout faire pour faire avancer l’académie.
D’autres joueurs ont préféré terminer leur carrière en Chine ou au Qatar. Aviez-vous des pistes après le passage à Akhisarspor (Turquie), en 2015, et pourquoi n’avoir pas franchi le pas ?
Quand je suis rentré de Turquie, j’avais 34 ans. Je venais d’avoir ma fille. Et je voulais rester auprès d’elle, de mes enfants. Je n’ai pas voulu chercher trop loin. Donc, aux alentours de l’Angleterre. En Ecosse, on m’a offert un contrat de deux ans. Encore que de chez moi à l’Ecosse, c’était 7 heures de voiture. J’ai trouvé ça trop long. Or, j’avais besoin de connaitre cet aspect familial et avoir ma fille à mes côtés. J’ai ainsi préféré rester à la maison et terminer ma carrière.
Et pourquoi être resté dans le carcan du football ?
Premièrement, quand on passe 20 ans de football dont 15 en tant que professionnel (1999-2015), c’est difficile de connaitre autre chose. Car tu n’as pas le temps d’apprendre à faire autre chose. J’ai arrêté les études à 18 ans. Après le Bac, il ne me restait plus que le foot. J’ai été entraineur - ce que j’ai vraiment aimé – mais, à la fin, être agent est peut-être quelque chose que j’apprécie encore plus. Parce que j’aime voyager, regarder les joueurs et retrouver les talents. Même si le côté entraineur m’a beaucoup appris, en me faisant comprendre leurs besoins. Et maintenant, je vais essayer de refléter cela dans l’Agence et dans mon travail d’agent.
Parlez-nous justement de l’Agence RX Brothers et son rapport avec le Centre qui porte votre nom…
L’ambition, c’est de promouvoir le football sénégalais. Avec mon associé Ivo Rita et les atouts que j’ai ici – Mamadou Diop (président du Centre), les coaches Youssou Mané et El Hadj Maodo Bèye - on s’est mis d’accord pour essayer de promouvoir les jeunes. Ce n’est pas seulement les joueurs du championnat professionnel qui ont du talent. Il y’a pleins de jeunes qui sont laissés en rade. Malheureusement, on n’a pas assez d’équipes professionnelles pour accueillir tout le monde. De mon côté, j’essaye de voir si les coaches peuvent les trouver, les améliorer et, de mon côté, faire en sorte de leur donner une chance.
A un moment, vous faisiez partie du Top 20 des défenseurs de Premier League anglaise. Qu’est-ce qui a fait la différence ?
(Catégorique) Le travail. Pour ne pas te mentir, je ne suis pas né avec beaucoup de technique mais avec une certaine taille. En plus, petit, j’étais costaud, rapide. C’était plus facile pour moi d’être un défenseur qu’autre chose. J’ai joué numéro 6 (milieu défensif). Malheureusement, à un certain moment, il fallait beaucoup plus de technique sur la relance, ce que je n’avais pas. Je me suis amélioré sur mon aspect physique. Car je savais que je pouvais dans ce sens contenir les attaquants et défendre. Et, au tour de ça, travailler la technique à l’entraînement collectif. Je faisais beaucoup de travail personnel sur le plan athlétique. C’était important pour moi d’être un athlète. J’ai pris l’exemple des footballeurs américains qui sont juste rapides et costauds. J’ai copié leur méthode de travail, poussé à 200% dessus et le bon Dieu m’a juste payé le travail.
Paradoxalement, vous avez évolué dans des clubs jouant le maintien pour la plupart. La barre était trop haut pour vous ou bien ?
Non la barre n’était pas trop haut. Si je n’avais pas eu ma blessure en 2007, j’aurais été à Chelsea ou à Manchester United parce que ces deux équipes avaient approché Reading (2004-2009) pour pouvoir m’acheter. Ça a changé la donne. J’aurais dû partir aussi à Besiktas (Turquie) en 2008. Mais j’ai préféré aller à Stoke City parce que je voulais m’affirmer en Premier League. C’était peut-être une erreur. Je ne le regrette pas mais à y réfléchir aujourd’hui, je sais que c’en était une. Car la Turquie m’aurait permis de continuer à évoluer au plus haut niveau et plus longtemps.
 

Vous n’avez pas eu la même réussite en équipe nationale, avec pas plus de 5 sélections. Qu’est-ce qui l’explique ?
C’est le choix des entraineurs. Je n’avais rien à envier à personne. J’avais le potentiel pour être un titulaire. Maintenant, le coach a choisi d’autres éléments qui étaient aussi bons que moi – mais pas meilleurs à mon avis - qui jouaient régulièrement dans leurs clubs respectifs. C’est un choix que j’ai accepté. C’est le football. On ne peut pas tout avoir.
Le Sénégal sort d’un Mondial russe mitigé et se lance à la conquête de la coupe continentale, en 2019. Qu’est-ce qui reste à améliorer selon vous ?
J’avais dit avant la Coupe du Monde que le Sénégal passera le premier tour et ira loin s’il y’a de la discipline. Et je continue à le dire. Le coach Aliou Cissé a fait un grand travail sur l’équipe. Mais la différence, ce n’était plus le coach mais les joueurs. Au moment le plus important, pour des joueurs qui ont été professionnels pendant des années, ils n’ont pas su faire le petit réglage qu’il fallait. Sur le deuxième but du Japon (Keisuke Honda 78e, 2-2), quand le gardien Khadim Ndiaye dégage le ballon et que la défense est en train de remonter… J’étais commentateur en Ouganda. Là, je regarde l’image et je me dis qu’il y’a quelque chose qui n’est pas normale. L’attaquant japonais a fermé l’angle à Khadim, obligé dès lors de dégager en catastrophe. Il y’avait toujours deux attaquants qui étaient quand même au niveau de la défense. Il y avait quatre défenseurs et Idrissa Gana Gueye mais il n’y avait plus de milieux. Et, tout à coup, il y’ avait trois milieux japonais qui étaient là. Donc, en supériorité numérique. Leur capitaine contrôle le ballon dans l’entrejeu, nous engage. Le ballon va sur le côté. Malheureusement, il y’a une mésentente entre le gardien et le défenseur, ce qui n’excuse pas que le fait que, tactiquement, à ce moment précieux du match, nos professionnels n’ont pas pu gérer le match. C’est ce qui est malheureux. Il y’a eu une déception parce qu’on attendait certains d’entre d’eux. Ça ne s’est pas bien passé. Ça arrive. Même eux, ils l’ont senti et je pense qu’ils regrettent. Maintenant, il va falloir relever la barre. Ils ont été en Coupe du Monde, ont battu la Pologne (2-1) et ont failli passer au deuxième tour. Tout ça, ce n’est pas pour rien. Maintenant, il est temps de s’affirmer dans le continent africain.
A Saint Etienne, à vos débuts, Jean Fernandez ne vous fait pas confiance sous prétexte d’être à la recherche de joueurs d’expérience. Qu’est-ce que vous vous êtes dit sur le coup ?
J’avais 18 ans, il décide de me laisser partir après une saison avec les moins de 18 nationaux. Où on a été en finale de la Gambardella contre le grand Auxerre du temps, avec les Djibril Cissé, Philippe Mexès... Il décide de ne pas me garder. Je pense que c’était pour des raisons techniques. Cela n’avait rien à voir avec le côté physique puisqu’il m’a fait jouer toute l’année avec les U18. Robert Nouzaret qui était dans l’équipe première m’avait pourtant fait monter avec les pro pour m’entraîner. Et, encore une fois, c’est sur le côté physique que j’ai impressionné tout le monde. Jean Fernandez pensait peut être que je n’étais pas prêt techniquement. Mais si j’avais un bagage de retard sur les autres joueurs. Je suis en fait rentré en Centre de formation à 16 ans et demi. Donc, il ne pouvait pas s’attendre à ce que je sois au même niveau technique que les joueurs qui étaient là depuis l’âge de 12 ans. Physiquement, j’étais déjà prêt. Après, ça m’a fait mal en tant qu’enfant. C’est comme aujourd’hui quand je dis aux gamins que certains ne sont pas dans le groupe de demain (au premier jour des tests, au stade Bougouma Seck de Mbao). Il y a plein de joueurs qui étaient déçus. A l’époque, je me suis remis en question, tout changé et travaillé encore plus dur. J’ai réussi à remonter la barre pour en arriver là. Aujourd’hui, cela ne veut pas dire que ceux qui sont pris vont réussir. A preuve, je faisais partie de ceux qui étaient déçus et maintenant je suis pratiquement l’un des seuls qui ai fait une carrière extraordinaire. Dans le sens où tout le monde rêve de la carrière que j’ai eue. Parmi les défenseurs qu’il a gardés, je suis le seul à percer. Pourtant, 5-6 ans après, le même coach (Jean Fernandez) qui m’avait laissé partir, alors que j’étais avec l’équipe nationale, à Dakar, en train de m’entrainer, me fait un coucou, me sourit. A la fin, je suis allé le voir. Par respect, pour lui dire bonjour parce que je n’étais pas fâché. C’est le football. Là, il me dit : ‘’Franchement, c’est le genre de caractère que j’aurai aimé que plein de mes joueurs aient’’.
Quel le message adresser aux jeunes d’Ibrahima Sonko Academy ?
Premièrement, de ne jamais arrêter de travailler. Deuxièmement, ne jamais baisser les bras. Troisièmement, chercher toujours à progresser. Enfin, augmenter le volume de travail. C’est très important. Il faut se mettre à la page des joueurs qui sont déjà là-bas pour être aussi forts techniquement, tactiquement et athlétiquement.
Libération
 
 
 
 
 
 





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